De l'origine des arts plastiques, l'on ne sait pas grand chose, entre les premières traces humaines relevées sur les parois des cavernes préhistoriques et les mythes grecs, les récits qui relatent ce transfert qui fonde la nature émotive et mimétique de l'art restent aussi mystérieux que poétiques. Nous l'avons appris, les peintures du Paléolithique supérieur qui datent de 30 000 ans, montre dès l'origine un humain au sommet de son art, laissant apparaître sur la paroi les traces de mains négatives et inventeur de techniques pour rendre la perspective et le mouvement, du dégradé et de l'estompage. Dans la mythologie, le mythe fondateur, raconté par Pline, repose sur la belle légende d'amour de la fille du potier Butades de Sycione qui, grâce à la lumière d'une lampe, trace sur le mur de sa chambre, les contours de la silhouette de son amant avant qu'il ne la quitte. Le geste primordial de la naissance des arts est lié à une histoire de captation. La jeune femme amoureuse n'accepte pas cet éloignement. Elle veut fixer sa présence, dans l'espoir de pérenniser un instant qu'elle désire éternel et 'homme de Néanderthal garde en creux le souvenir de sa main sur la paroi... Cette trace matérielle de l'absence libère de la perte en extériorisant par un trait le contour du souvenir. Ainsi dès le début, il est question d'empreinte et de mémoire visuelle, de projection d'images fantômes et de traits, de silhouette et d'amour ...
Avec l'invention de la peinture, le pinceau et la touche sur la toile, retiennent la présence/absence du geste et du corps du peintre, comme de son modèle. La photographie et la vidéo permettent de fixer l'espace sur un plan et gardent une trace de l'arrivée d'un flux de lumière et de mouvements des corps. Par ces procédés, l'enregistrement de l'absence se transmute, par l'œuvre, en présence.
Jean-Philippe Pernot, depuis le début, poursuit ces réflexions dans sa pratique. Il nous parle en effet de ce travail de deuil que manifeste l'œil et de la quête d'en fixer sur le papier sensible une évocation fugitive. Il vise à réinterpréter la photographie dans son rôle de témoin brut et lui insuffle une dimension picturale. Pour cela il joue avec les techniques et procédés photographiques, passant du polaroïd au sténopé, de la stéréophotographie à la vidéo, de la gomme bichromatée aux pixels, il capte, capture, fixe et laisse filer ou se déliter, dans un processus de transformation, de transcription une image fugace et intemporelle. Ses thèmes, des vanités aux cinégraphies, Etude sur la folie, de H2o à digital poetry ou ses hétérographies, sont la matérialisation de ses recherches. Fantômes insaisissables entre désir et réalité, entre fantasme et vie ordinaire, entre sexe et désincarnation. Ils parlent de corps et de peau (de femmes, de murs, de villes) d'apparition ou disparition, de toi ou de moi... mais aussi de glissements d'une forme à une différente, d'un médium l'autre. Superpositions d'instants et de postures, les images de Jean-Philippe Pernot ne se laissent pas lire au premier coup d'œil mais permettent plusieurs degrés de lecture, elles sont à entrées multiples. Sommes de transformation et de transcription, strates alternatives et couches successives, par transparence, jusqu'à quasi-saturation, faisant ainsi du tableau un écran, elles agissent en révélateur. Elles jouent sur l'ambiguïté d'une très haute définition et d'une netteté parfaite, ou d'un flou artistique ou encore d'une évocation en miroir brisé et morcellement du regard qui renvoie à une pixellisation du réel et le transfigure ainsi. L'artiste glisse sur toute la gamme des possibles rendus photographiques pour ne pas enfermer son œil, et le nôtre dans une seule vison, mais interroge le voir et le savoir de ce voir.
Isabelle de Maison Rouge
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