Que nous disent les toiles de Jean-Marie Zazzi ?
Que figurent-elles ?
De quoi
sont-elles la transsubstantiation ?
A ces questions, je ne sais que répondre. Sans doute certaines
de ces toiles me font-elles penser à des écorces, ou à des terres,
des pierres, des roches couvertes par endroits de lichens et
vieilles de millions d'années.
Mais faut-il se livrer à ce
genre de rapprochement ?
Et quel en serait l'intérêt ?
Toiles denses et d'une grande retenue. J'en aime le grain
serré, les couleurs ternes et sourdes, cet aspect
indéfinissable de choses sans nom sur lesquelles le temps ne
saurait avoir prise.
Des choses ou des roches délavées, usées, érodées, mais donnant
une impression de robustesse, de permanence, de force obscure
et invincible.
je regarde ces toiles et elles m'émeuvent. Rien en elles qui
permette d'imaginer les gestes, la technique dont elles sont
nées. Neutre,
anonymes, fixées en un instant immobile, elles me soustraient
à l'écoulement de temps, éveillent cette part en moi qui participe
de ce qu'il ne peut dégrader.
Je regarde ces toiles et je rêves, médite, songe à celui qui
les a tirées de son tréfonds.
elles me poussent à évoquer un être sensible, secret, concentré,
qui a parcouru un long chemin, s'est désapproprié de lui-même,
a compris que pour dire la vie - cette vie profonde, intense,
d'un cours égal, qui déborde les rives d'une existence humaine
- il
faut baisser la voix, user des moyens les plus pauvres.
Graves, silencieuse, dégagée de l'éphémère et de la circonstance,
la peinture de Jean-Marie Zazzi semble la concrétion de ce
qui, en nous, défie le temps et la mort. Charles Juliet |
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